Le feutrage humide est une technique artisanale ancestrale et fascinante qui transforme la laine en textile dense, résistant et unique grâce à l’action combinée de l’eau chaude, du savon et du frottement.
Mais avant de vous lancer dans cette aventure créative, il est essentiel de rassembler quelques outils clés qui vont faciliter la transformation de la laine en jolies pièces feutrées. Pas besoin d’équipement compliqué ou très cher, juste quelques indispensables dont beaucoup peuvent être chinés en ressourceries ou provenir de recyclages.
Alors, prêts à découvrir ce dont vous aurez besoin pour commencer à feutrer avec plaisir ?
Les outils
Les indispensables
Du savon : de Marseille ou biologique, c’est mieux pour l’environnement mais n’importe quel savon fait l’affaire. Par facilité, je préfère les blocs mais il est également possible de préparer une solution savonneuse à l’avance (paillettes, savon liquide, savon mou…).
Une bouilloire : le processus de feutrage ayant besoin d’un choc de températures, la bouilloire permet de chauffer rapidement de petites quantités d’eau. Pour les grands projets ou les ateliers créatifs, un distributeur de boissons chaudes de grande capacité s’avère plus pratique.
Un grand bol en verre et une éponge : n’importe quel récipient convient mais le bol en verre ou en terre émaillée, bien lourd et bien stable, se renverse moins facilement. L’éponge sert à la fois à humecter les fibres sèches et à éponger les abords et les fuites.
Du plastique à bulles : de récup’. Les bulles aident à malaxer les fibres de laine; elles créent une friction qui provoque l’accrochage des fibres entre elles.
Un morceau de tulle : bien raide de préférence, il sera plus simple à poser qu’un voile souple. Il sert principalement à empêcher la laine et les décors de se déplacer pendant la première étape du feutrage (mouillage des fibres sèches à l’eau savonneuse). Sa taille n’est pas importante mais il est préférable qu’il soit plus grand que le projet, sous peine de devoir le déplacer et risquer ainsi de déranger les fibres.
Du vinaigre ménager (non coloré) : le vinaigre, additionné à l’eau de rinçage rend le feutre plus doux et plus durable. Il sert à neutraliser le savon et rééquilibre le ph de la laine, naturellement acide.
Une bassine : petite ou grande selon le projet, qui servira à rincer la pièce dans de l’eau vinaigrée.
Les utiles
Du film plastique : de récup’, assez solide pour éviter de les déchirements et transparent afin de voir au travers. Il sert à manipuler et à retourner facilement les projets de grande taille. Il peut également servir à faire des patrons et des réserves.
Les nattes en bambou : j’aime beaucoup les nattes en bambou car elles ‘massent’ bien les fibres et elles s’enroulent facilement autour du papier bulle. Pour les petits projets, j’utilise des nattes à sushi. Pour les pièces plus grandes, j’utilise des stores en bambou dont j’ai enlevé le mécanisme. Ils peuvent également être recoupés dans les deux sens; j’en ai fabriqué plusieurs de tailles différentes. Petit défaut : elles mettent longtemps à sécher..
La frite de piscine : très pratiques, elle offre une bonne élasticité à la pression et peut être découpée aux dimensions des projets. Elle peut être remplacée par un rouleau à pâtisserie, rainuré ou non.
Des serviettes éponge : bien utiles pour limiter les débordements…
Les autres
La poire à asperger : j’ai testé le concept et je l’utilise parfois pour de petites pièces mais il ne m’a pas vraiment convaincue. Je préfère travailler avec une éponge ou éventuellement un petit arrosoir à pomme pour les grands projets … et quand je travaille en extérieur. Une bouteille à large goulot avec son bouchon percé de petits trous fonctionne aussi très bien.
Et les 'oui mais non' ....
Vu sur le net …
La ponceuse à plateau : question de sécurité … l’idée de travailler avec un outil électrique dans un environnement plus qu’humide ne me tente pas vraiment…
Patrons et réserves (resist) – appelées aussi ‘chablon’. Un patron est très utile dès lors qu’on veut créer plusieurs pièces identiques. Les réserves sont indispensables à la création d’objets en volume tels que des pochettes, des chaussons ou des bols. Un chablon doit être réalisé dans une matière imperméable, non feutrable, fine et flexible. Un matériau de couleur contrastée permet de bien voir les bords et les marques (centres, trous …). Le choix est vaste : vieille nappe en plastique, rideau de douche fatigué, plaques de mousse d’emballage … Il doit être environ 30% plus grand que la taille du projet fini afin d’anticiper le rétrécissement. J’ai pour habitude de noter dessus ses dimensions et parfois des repères (centre, rabat …) au feutre indélébile.
Les fibres
Les laines
A mon sens, il n’y a pas vraiment de ‘laine à feutrer idéale’. Presque toutes les laines peuvent se feutrer : c’est juste une question d’huile de coude et de technique. Après, tout est question de préférences mais surtout de projet : une fibre très douce et très fine sera bien adaptée pour une écharpe souple ou un feutre nuno tandis qu’une fibre plus épaisse conviendra mieux pour un projet qui demande de la tenue et de la solidité, comme un cabas ou des semelles.
La laine mérinos (18-21 microns) est certainement la plus populaire et la plus répandue des fibres à feutrer. Facilement disponible, proposée en de nombreux coloris, la laine mérinos convient au feutrage à l’aiguille comme au feutrage humide. Sa fibre fine, douce et homogène feutre rapidement.
Les laines à fibres moyennes (22-25 microns) comme le Corriedale, à la fois douces et solides, sont souvent recommandées pour les projets de taille moyenne et les petites formes tridimensionnelles (pochette, chausson).
Les laines épaisses (26-30 microns et plus) comme le Romney, Shetland, Gotland feutrent lentement et demandent beaucoup d’énergie pour obtenir un feutre rustique et assez rigide. Elles conviennent pour les sacs, les tapis et les grands projets tridimensionnels demandant une forte tenue (sculptures).
Les fibres extrêmement lisses et soyeuses (Mohair, Alpaga fin) sont très difficiles à feutrer seules et il est préférable de les mélanger à un peu de laine de mouton pour faciliter l’accroche.
Connaissant les caractéristiques de chaque laine, il est également possible de les combiner, voir de les mélanger afin de tirer parti des meilleures qualités des deux fibres.
Avec le temps et l’expérience, il est possible de ‘sentir’ comment une laine va feutrer. Mais si les dimensions finales du projet ont de l’importance, par exemple pour un chapeau ou des chaussons, rien ne remplace le bon vieux test. Exactement comme en tricot, il est toujours préférable de faire une échantillon (par exemple un carré de 15 x 15 cm) pour voir comment la fibre se comporte. Et surtout quel est son facteur de rétrécissement.
Rubans peignés (wool tops / rovings) : les fibres sont peignées parallèlement en un long ruban. De petites portions de fibres de la longueur d’une mèche sont arrachées du ruban puis déposées en couches croisées comme des tuiles. Le ruban est idéal pour les détails et les petits projets de faible épaisseur régulière.
Nappe cardée : les fibres forment un tapis moelleux et multidirectionnel. La nappe est idéale pour réaliser des articles plats de grande taille sans avoir à entrecroiser la laine à la main. Cependant, il est plus difficile de maîtriser l’épaisseur et la régularité du feutre qu’avec une laine peignée.
Mèches (locks) : bouclées, ondulées ou droites, teintées ou non, elles sont toujours très décoratives et apportent de la texture aux projets.
Préfeutres (prefelt) : le préfeutre est constitué de fibres de laine entremêlées en une nappe souple et fragile, le plus souvent au moyen d’aiguilles (on parle de feutre aiguilleté). Il conserve sa ‘feutrabilité’ et peut donc être découpé pour être utilisé en appliques, décoré avec d’autres fibres puis feutré complètement au savon. Gros avantage par rapport à la nappe cardée : l’homogénéité de l’épaisseur. Inconvénient : le choix restreint mais il est possible de faire son propre préfeutre en technique humide.
La récup : chutes de feutres, restes de tissages, tests de filages ou de teintures … rien ne se perd … tout se transforme et se feutre.
Les fibres végétales
Les matières naturelles telles que le coton, le lin ou le chanvre se marient bien avec le feutre car elles apportent de la texture.
Les soies
Les recyclés
Chutes de tissus, bouts de fils et restants de tissages, rubans, dentelles … tous ces éléments s’incorporent à merveille dans les feutres et apportent texture et originalité.
A propos de l’utilisation du plastique…
Alors là … oui … mon côté écolo en prend un coup! Mais dans la technique de feutrage humide, il est très difficile de se passer du plastique. Les petites écailles des fibres de laine s’accrochent et se lient très facilement aux fibres animales et végétales. Le feutre nuno, qui associe fibres de laine et tissu, en est un bel exemple. Même le tulle peut finir par rester accroché aux fibres si on le travaille trop longtemps… C’est pourquoi je n’utilise que des papiers bulles et des films plastiques de récupération. Je les utilise le plus longtemps possible et quand ils sont en fin de vie … direction la déchèterie (non non … pas à la poubelle …) .
